Un principe et sept ambitions pour l’innovation

23 décembre 2013 dans Actualités

InnovationVoici l’extrait du rapport de la commission innovation 2030 concernant la Silver Economie. On sent bien que les auteurs ont une vision pour le moins confuse de la domotique mais ils ont le mérite de reconnaître son caractère incontournable pour le futur de la Silver Economie et recommandent un soutien par des commandes publiques et parapubliques.

[… ]Ambition 6 : La silver économie, l’innovation au service de la longévité

En 2025, dans leur ensemble, les populations devraient être en meilleure santé et vivre plus longtemps qu’aujourd’hui. Si les maladies infectieuses resteront prédominantes dans les pays en développement, dans les pays émergents l’adoption de modes de vie semblables à ceux des pays développés (tabagisme, régime à haute teneur en graisses, obésité et manque d’exercice) conduit à la généralisation de certaines maladies non directement transmissibles.

Par ailleurs, en 2030, un Français sur deux aura plus de 50 ans ; 30% de la population aura plus de 60 ans et 12,3% plus de 75 ans selon l’Insee. Or, selon une étude de mai 2010 « les seniors, une cible délaissée » du Centre de recherches pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CREDOC), les seniors assureront la majorité des dépenses (54%) sur les différents marchés à compter de 2015 dont 64% pour la santé, 56% pour les dépenses d’assurance, 57% pour les loisirs et 58% pour les équipements de la maison.

Cette situation interroge les modèles actuels de financement de la solidarité mais ouvre aussi de nombreux marchés de biens et services pour répondre aux demandes spécifiques des seniors qu’ils soient actifs, en perte d’autonomie ou dépendants.

Les seniors bénéficient en effet d’une situation financière en moyenne plus favorable que le reste de la société. Les plus de 60 ans disposent ainsi en moyenne de revenus 30% supérieurs à ceux du reste de la population. Leurs revenus ont été multipliés par sept en 20 ans. Ils détiennent en France 60% du patrimoine des ménages et 75% du portefeuille boursier. Enfin, ils représentent 54% des dépenses des ménages. Or, entre 1990 et 2020, l’effectif des moins de 50 ans aura augmenté de 1% dans l’Union européenne quand celui des plus de 50 ans se sera accru de plus de 75%. Le marché de la silver économie pourrait augmenter de 0,81 point de PIB à horizon 2040 pour atteindre 2,4% du PIB.

Les seniors présentent des besoins spécifiques, mal couverts par les biens de consommation de masse, et des aspirations fortes pour des projets différés (engagement associatif, sport, voyages, équipements de la maison), exigence de qualité de vie, hygiène de vie et prévention des effets de l’âge. 30% des internautes ont aujourd’hui plus de 50 ans et 27% sont des cyberacheteurs. Les plus de 50 ans présentent ainsi une réelle appétence pour les nouvelles technologies. La révolution économique ouverte par les seniors concerne toutes les entreprises.

Ce segment de marché sera ainsi l’objet d’une forte croissance dans les années à venir pour partiepar l’intermédiaire des biens de consommation, pour une autre en termes de prévention, de prolongement de l’autonomie et de maintien à domicile. C’est sur ce second segment que ce positionne cette Ambition, même si la frontière entre les deux catégories est perméable.

En 2040, les plus de 60 ans feront partie des 4 millions de personnes qui auront plus de 80 ans. Actuellement prescripteurs et aidant familiaux, ils seront pour moitié fragilisés et dépendants mais mieux informés et correctement équipés : les seniors actifs d’aujourd’hui, ayant vu leurs parents vieillir, auront anticipé leur propre dépendance et organisé leur maintien à domicile personnalisé. L’autre moitié constituera une nouvelle population valide et dynamique à un âge très avancé avec une attente d’offres de produits et de services de grande consommation innovants et adaptés à leurs besoins.

En encourageant les seniors les plus jeunes à anticiper leur vieillissement, les politiques pu­bliques amélioreraient la prévention qui retarde la perte d’autonomie, encourageraient les décisions individuelles d’équipement (notamment du domicile) à un stade où les individus sont encore financièrement indépendants. Cela permettrait un discours plus positif sur le vieillisse­ment et éviterait la stigmatisation. A titre d’exemple, il est possible de renforcer les liens sociaux et intergénérationnels grâce aux TIC permettant de faciliter la communication entre les seniors et leurs proches dans le cadre d’activités privées et socioculturelles. Dans un autre cadre, la robotique de service professionnelle pourra proposer des interventions et examens à distance, l’assistance à la personne en manque d’autonomie dans sa rééducation et/ou sa vie personnelle, etc. De même, la domo-médecine par le suivi en continu et en direct des paramètres vitaux, la mise en place de test à domicile améliorera fortement la prévention et la prise régulière des traitements médicaux. Des bio-marqueurs propres à chaque grande pathologie et des capteurs de comportement et d’environnement pourront permettre d’identifier les situations à risque ou annonçant une pathologie.

Ceci suppose le développement d’une industrie autour des données personnalisées de santé, leur accès et leur traitement pour aider au diagnostic, à des soins préventifs, à des thérapies personnalisées voire au développement d’une nouvelle forme de politique de santé publique. La valorisation de ces données auprès d’acteurs du Big Data est de nature à faciliter le développement des applications pertinentes pour les utilisateurs. Il s’agit également d’une offre technologique à construire avec le développement de capteurs, d’actionneurs, de robots d’assistance, de systèmes intégrant ces divers objets, etc.

La France peut répondre à ces nouveaux besoins de personnalisation du maintien à domicile par l’intermédiaire de la domotique, de l’e-santé, d’une nouvelle relation entre médecine de ville et hôpital, etc.

Elle dispose tout d’abord d’une population âgée technophile, à même de tester un nombre important de solutions. Le système centralisé de santé (sécurité sociale, mutualité) peut devenir rapidement une force importante de déploiement. Les compétences académiques sont présentes et des talents reconnus. Quelques start-up innovantes existent à l’image d’Aldebaran en robotique humanoïde ou Robosoft qui propose un robot de télé-présence passive ainsi que des praticiens, des intégrateurs et des équipementiers de haut niveau (EADS, Thalès ou EDF) qui peuvent apporter des solutions intégrées. Un industriel comme Legrand est aujourd’hui un groupe majeur au niveau mondial en matière de domotique et notamment de téléassistance. Plusieurs assureurs et grands groupes de maisons de retraite se positionnent également sur le thème de la silver économie à l’heure actuelle.

La robotique est bien implantée en France avec plus de 200 sociétés en Midi-Pyrénées, Rhône-Alpes et Ile-de-France et une communauté « Cap Robotique ». Or, le marché de la robotique devrait doubler entre 2012 et 2015.

De réelles opportunités peuvent également émerger à l’échelle européenne où le thème de la « santé, de l’évolution démographique et du bien-être » a été identifié comme une priorité par la Commission européenne et où plusieurs acteurs européens sont complémentaires des sociétés françaises.

Plusieurs contraintes ne doivent néanmoins pas être occultées

Plusieurs solutions technologiques ou non, ciblées sur les personnes en perte progressive d’autonomie, existent aujourd’hui et peinent à atteindre leur potentiel en raison d’un rejet des utilisateurs. Ces derniers les vivent en effet comme une stigmatisation et refusent de les utiliser. Un discours positif autour de la prévention de la dépendance et de l’aide au maintien à domicile est donc nécessaire pour permettre l’acceptation des solutions technologiques et la visibilité de ces marchés potentiels pour motiver des investissements.

Par ailleurs, le fait de lier ces technologies uniquement à des situations de dépendance rend l’équation financière extrêmement difficile. Celles-ci sont en effet supportées par le système de solidarité nationale et les familles de la personne en dépendance alors que celle-ci doit faire l’objet d’un nombre de soins plus importants. Anticiper l’équipement de l’environnement du senior représenterait un étalement des coûts à des moments de la vie où la personne est plus à même de répondre à ce type de dépense, et permettrait d’éviter que les coûts pour la sécurité sociale handicapent toute expérimentation et toute mise en œuvre à grande échelle.

La concurrence internationale est réelle. Des sociétés comme Philips ou Siemens sont bien positionnées en matière de dispositifs médicaux. Néanmoins, elles ont tendance à introduire l’hôpital à la maison plutôt qu’à envisager un nouveau mode de vie avec une dépendance. Une place existe donc pour des entreprises françaises en pensant l’acceptation des produits, leur design et la vie personnelle avec dépendance plutôt que le soin. Entre 1500 et 2000 entreprises dans le monde ont pour activité principale la robotique de service. Les principaux concurrents se situent en Asie de l’Est et du Sud Est (Osaka) avec par exemple le développement de « robots infirmiers humanoïdes » au Japon. Les États-Unis conçoivent quant à eux des exosquelettes susceptibles de rendre la mobilité à des personnes invalides.

En France, la filière industrielle et de service autour des sujets de la silver économie n’est pas constituée. Il n’existe pas encore de grand leader structurant et nombre de PME connaissent des problèmes de taille critique. Nos entreprises font face à plusieurs enjeux dont celui de passer d’une phase d’expérimentation – il existe aujourd’hui de nombreux micros projets d’e-santé par exemple – à une véritable phase industrielle. Le transfert de technologies entre académiques et industriels demande également à être renforcé. Conscients de ces difficultés, les acteurs publics (collectivités territoriales, agences de développement économique, établissements d’enseigne­ments supérieur et de recherche, etc.) soutiennent la création de Living Labs orientés vers la conception et l’évaluation de solutions pour les seniors.

Le développement du suivi en continu des paramètres vitaux, par exemple, impose le déve­loppement de bases de données individuelles en matière de santé. La gestion de ces données médicales associées à des technologies de soins doit s’effectuer en toute sécurité.

Enfin, avec le développement de la robotique de service personnel, un nouveau champ de droit va s’ouvrir pour établir les règles de responsabilité associées à l’usage de ces nouvelles machines.

Propositions de leviers d’actions

1. Passer de l’expérimentation à l’industrialisation des solutions de santé à l’intention des seniors par la commande publique innovante.

Actuellement, faute de visibilité, ces marchés demeurent particulièrement risqués. L’offre en robotique, en e-santé et en domotique pourrait largement être soutenue par les pouvoirs publics via des commandes publiques et parapubliques, ces acteurs étant actuellement des prescripteurs importants. Ces premiers référencements apporteraient une sécurité aux PME concernées par ces marchés mais également une visibilité qui faciliterait l’acceptation de leurs produits. Il importe à cette fin de mobiliser les financeurs du système de protection sociale.

2. Organiser un concours d’innovations pour soutenir la R&D de rupture en la matière.

L’innovation de rupture en matière de robotique et de domo-médecine est longue et coûteuse. Elle présente un risque réel. Il est donc proposé de lancer un concours d’innovations pour susciter des projets ambitieux de R&D conduisant à des prototypes. Les projets recherchés seront préférentiellement des projets de consortia, le regroupement des acteurs étant un des besoins de ce domaine. Le soutien de l’État doit être complémentaire des appels à projets de R&D notamment dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir.

Par ailleurs, en réponse aux difficultés d’acceptation de ces nouveaux produits et dans un souci de considération vis-à-vis des clients, ces projets de R&D associeront le plus rapidement possible des spécialistes de design et de marketing.

3. Elaborer un marketing adapté à cette nouvelle cible.

L’approche marketing des marchés de la silver économie est complexe. L’image de la vieillesse renvoie dans les sociétés occidentales à un désengagement social, au conservatisme et à la dégradation physique et mentale. Il est difficile de construire un discours positif. Les seniors développent d’autre part des comportements paradoxaux : refusant d’être stigmatisés, ils reven­diquent pourtant des aspirations et des besoins spécifiques.

C’est pourquoi les efforts en termes de marketing doivent être particulièrement développés. Ils pourraient s’appuyer sur un label de solutions porteur de gages de qualité et de sécurité pour les clients.

De même, pour moderniser l’image de la silver économie, la mise en visibilité et en réseau des living labs constitués autour de l’intégration de technologies d’aide à la prévention de la dépendance dans le domicile pourrait être réalisée à très court terme. Ceci accélérerait la diffusion des technologies intégrées au domicile prenant le contre-pied de l’importation de l’hôpital dans son univers quotidien qui est souvent craint par nos concitoyens les plus âgés. Ces living labs permettraient d’évaluer, tant sur les plans médical, économique que de l’usage, ces solutions et leur acceptation par leurs véritables usagers. L’initiative « Forum LLSA », qui couvre le champ plus vaste de la santé et de l’autonomie, préfigure une telle mise en réseau.

4. Construire une normalisation européenne favorable au développement des entreprises.

La robotique étant en plein essor, toutes ses règles ne sont pas encore définies. Ceci est vrai également des systèmes technologiques du médico-social, malgré l’engagement, récent, d’organismes internationaux spécialisés (IHE, Continua Alliance).

A l’échelle mondiale, les travaux de normalisation portent sur la robotique industrielle que sur la robotique de service, sur les flux administratifs issus de l’activité soignante à domicile plutôt que sur les processus de soins eux-mêmes. Des propositions de normes et un lobbying actif permet­traient donc de favoriser les entreprises européennes sur ce marché porteur.

 5. Créer un cadre fiscal simple favorisant les amortissements rapides dans le domaine de la robotique et des solutions adaptées à l’âge.

La France pourrait s’inspirer de la politique conduite par le Japon dans le cadre de son programme de relance Abenomics qui a permis de faciliter fiscalement l’amortissement des investissements dans le domaine de la robotique. Un tel dispositif pourrait en particulier concerner la robotique de service personnalisée.

Lire l’excellent article des Echos à ce sujet : http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/politique-eco-conjoncture/autres/221186625/silver-economie-vent-jeunesse-industriel

Télécharger le rapport complet : http://www.innovation2030.org/pdf/Rapport_Innovation_BDV4.pdf

Si vous souhaitez vous porter candidat au concours mondial d’innovation: http://www.innovation2030.org/fr/

 

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